Paradigme et syntagme

De quelques idées vertes
qui ont dormi furieusement


Christian Vandendorpe

Revue québécoise de linguistique théorique et appliquée
9, 3 (1990), p. 169-193.

 

Résumé

Saussure mettait à la base du fonctionnement linguistique deux formes d'activité mentale fort différentes, constituées par les rapports paradigmatiques et syntagmatiques. En rompant de façon éclatante avec ce modèle, Chomsky a voulu affirmer l'antériorité de la syntaxe et il l'a fait à l'aide d'une phrase célèbre, devenue incontournable dans toute discussion sur la grammaticalité ou sur le non-sens. Pourtant, l'analyse que nous proposons de cette phrase, loin d'y trouver le jeu libre d'une syntaxe coupée de tout sémantisme, met en évidence les procédés paradigmatiques responsables de son engendrement. Plutôt que de récuser les concepts saussuriens, il y aurait peut-être lieu de les réexaminer, en rapprochant notamment la notion de paradigme de celle de schéma cognitif.

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Dans un ouvrage à teneur polémique mais fort stimulant par ailleurs, Thomas Pavel avance que le structuralisme reposerait en dernière analyse sur de "vétustes modèles paradigmatico-syntagmatiques (qui) ne trouvaient plus preneur en linguistique" (1988: 188). Une telle affirmation, dont l'opportunité était indéniable dans l'atmosphère générale de discrédit qui frappait ce courant de pensée dans les années 80, s'appuie implicitement sur un savoir linguistique supérieur dont la scientificité permettrait de déclarer "suranné" et "désuet" tout ce qui a précédé. En l'occurrence, il apparaît bien vite que le référent ultime en matière linguistique serait à rechercher dans la théorie chomskienne, dont les tenants sont métaphoriquement présentés par Pavel dans la position de physiciens en blouse blanche par opposition à leurs prédécesseurs, dont les attributs fleurent l'anachronisme.

Chomsky lui-même, on s'en souvient, s'était dès le départ, radicalement opposé à Saussure, dont il rejetait le modèle de façon fort explicite(1). A l'encontre du linguiste genevois, le chercheur du MIT a fait irruption dans le champ linguistique en se posant en champion de la syntaxe et en déplorant le manque d'intérêt du structuralisme pour celle-ci.

Compte tenu de l'importance que Chomsky accorde aux exemples, et de la cohérence avec laquelle il les manipule, il m'apparaît intéressant de réexaminer une phrase sur laquelle il a appuyé sa démonstration initiale de l'autonomie de la syntaxe. Mais, avant d'en arriver là, il sera nécessaire de rappeler à grands traits l'historique du concept de paradigme.

Evolution des concepts

Saussure pose à la base du fonctionnement de la langue deux "formes d'activité mentale" correspondant à "deux ordres de coordination" nettement distincts: ce sont les rapports syntagmatiques et les rapports associatifs. Le rapport syntagmatique, qui englobe notamment les faits syntaxiques, a pour support l'étendue et fonctionne in praesentia. Il en va tout autrement du rapport associatif, qui "unit des termes in absentia dans une série mnémonique virtuelle" (1972: 171). Pour éviter que l'on ne soit tenté de rejeter dans la parole les faits d'ordre syntagmatique, Saussure prend soin de donner en exemple des locutions figées et des mots composés, où le jeu des combinaisons est apparent et inscrit dans la langue même.

Ces rapports in absentia - que Saussure appelait associatifs, mais que l'on qualifie aujourd'hui de paradigmatiques - sont illustrés par des séries basées sur un élément commun, que celui-ci soit de type phonétique (enseignement, justement...), morphologique (enseignement, changement, armement...), flexionnel (enseignement, enseigner, enseignons...) ou sémantique (apprentissage, éducation, enseignement...). L'ordre n'a aucune importance et, sauf dans un paradigme de flexion, tel une déclinaison, le nombre d'éléments de la série est indéfini car il dépend des associations mentales du sujet (1972: 173-175).

Le fonctionnement linguistique, dans ses aspects synchroniques et diachroniques, avait été comparé par Saussure à un échiquier où un état du jeu correspondrait à un état de la langue. Cette comparaison a été reprise et développée par Hjelmslev (1943/1968), qui s'en sert pour illustrer les deux axes fondamentaux du langage, qu'il dénomme système et procès. L'axe du procès est aussi représenté par une ligne horizontale orientée vers la droite, tandis que celui du système est marqué par une ligne verticale coupant la première. Seul le procès est directement observable, ce qui lui donne un statut supérieur à celui du système et fonde le texte comme objet privilégié de l'analyse linguistique, celle-ci étant amenée corrélativement à privilégier dans son étude l'ordre des positions.

En revanche, dans le système de la langue, le paradigme désigne une "classe d'éléments qui occupent une seule et même position". Pour Hjelmslev:

On peut comparer un paradigme à un film, et chacun de ses membres à une seule image. Quand le film se déroule, les membres du paradigme se mettent au point l'un après l'autre et sont projetés sur l'écran, l'image sur l'écran correspondant ainsi à la position dans le texte. (1943/1968: 206)

Cette comparaison est un peu surprenante, et au lieu de clarifier le concept de paradigme, elle a plutôt tendance à l'embrouiller. En effet, si l'on considère la pellicule d'un film, on peut voir que la même image est répétée un bon nombre de fois, afin de permettre à la perception visuelle de l'enregistrer, selon le rapport canonique de 24 images/seconde. La classe d'éléments est-elle constituée par cette répétition d'une même image ou réside-t-elle dans l'ensemble de celles-ci? L'analogie avec le film équivaudrait alors à considérer le paradigme comme le tout de la langue, auquel il ne manquerait que le mouvement. Comme s'il avait senti les implications de cette comparaison, le linguiste danois ajoute aussitôt:

Cela pourrait suggérer que le paradigme est lui-même un procès. Je ne m'opposerais pas entièrement à cette vue, si ce n'était pour des raisons de terminologie. Procès et système, c'est-à-dire texte et langue, ont beaucoup en commun; ils comportent les mêmes éléments; leurs inventaires sont identiques. (1943/1968: 207)

Dès lors, la distinction entre le paradigmatique et le syntagmatique que l'on espérait bien nette à la voir fondée sur l'opposition système/procès, a tendance à s'abolir dans la reconnaissance des éléments qui leur sont communs. Dans un ouvrage ultérieur, Hjelmslev se contentera de définir le paradigme comme "une classe d'éléments qui peuvent être placés à une même place d'une chaîne" et le distinguera du sous-ensemble qu'est la catégorie, laquelle comprend "des éléments qui ne peuvent être introduits qu'à certaines places de la chaîne, et non pas à d'autres" (1963/1966: 56-57).

Cette définition du paradigme marque un net rétrécissement par rapport à la conception saussurienne. Mais le concept a gagné en opérationalité ce qu'il a perdu en richesse, ce qui explique qu'il ait été retenu sous cette forme par la majorité des linguistes. Pas par tous, cependant, et Henri Frei déplorera la réduction opérée: "En prenant paradigme dans le sens de classe et en opposant rapports syntagmatiques et rapports paradigmatiques, Hjelmslev a semé la confusion" (1974: 124).

Dans son article célèbre sur "Deux aspects du langage et deux types d'aphasie", Jakobson (1956/1963) place à la base du langage l'opposition entre métaphore et métonymie. La métaphore est utilisée, comme figure de la similarité, pour rendre compte des phénomènes de sélection d'entités simultanées et concurrentes, tandis que la métonymie, figure de la contiguïté, correspond aux opérations d'enchaînement et de hiérarchisation. Ces deux types polaires de fonctionnement seraient à la base du langage car, en plus de rendre compte des diverses formes d'aphasie, ils permettent, en combinaison avec d'autres traits, de classifier et d'analyser l'ensemble des productions langagières.

Cette dichotomie connaîtra un immense succès et sera exploitée en anthropologie et en psychanalyse lacanienne, notamment. A la différence de Saussure, dont il évite ici la terminologie, Jakobson situe l'essentiel du langage au plan des structures sémantiques, et c'est sans doute pour cela que Barthes a pu écrire de cet article qu'il "amorce un passage de la linguistique à la sémiologie" (1964: 134). Qu'il s'agisse de sélectionner un champ donné, ou de s'y déplacer, ce qui est en jeu, en effet, dans les deux cas est d'ordre associatif ou paradigmatique. Si Jakobson peut faire une équivalence entre le syntagmatique et la métonymie, c'est parce qu'il considère l'essence ultime de celle-ci, qui est d'établir des rapports de contiguïté entre les mots, ainsi que le feraient des liens syntaxiques implicites. Par ailleurs, comme l'a souligné O. Ducrot, Jakobson combine habilement, dans son concept de métaphore, les deux traits définitoires du paradigme, en le présentant tantôt comme une relation de sélection, ce qui rejoint les classes de substitution de Hjelmslev, tantôt comme une relation de similarité, qui possède alors un sens plus large (1972: 146).

Chomsky et l'autonomie de la syntaxe

A l'opposé de cette conception du langage, dans laquelle les rapports syntaxiques entre les mots sont pris en charge par des glissements à l'intérieur d'un paradigme, on voit apparaître, à peu près au même moment, la théorie chomskienne. Même si Chomsky nuancera ses vues par la suite et les raffinera, c'est la composante syntaxique, assimilée à la grammaire, qui devrait selon lui constituer l'objet fondamental de la linguistique, celle-ci se voyant assigner comme objet de pouvoir distinguer dans une langue ce qui est grammatical de ce qui ne l'est pas, et la notion de signification étant d'emblée expulsée de la grammaire: "grammar is autonomous and independent of meaning" (1957: 17)(2). Dans cette perspective, l'essence de la langue reposerait sur une instance de règles susceptibles d'engendrer un nombre illimité de phrases. Celles-ci ne sont envisagées que dans leur aspect syntagmatique et seule en importe la bonne ou la mauvaise formation. Afin de bien illustrer la non-pertinence des considérations sémantiques pour poser un jugement de grammaticalité, Chomsky (1957) propose les exemples suivants:

a) Colorless green ideas sleep furiously.

(b) Furiously sleep ideas green colorless.

Il présente ces deux phrases comme n'ayant pas plus de sens l'une que l'autre ("equally nonsensical"), mais, pour lui, (a) serait bien formée, tandis que (b) ne l'est pas. L'auteur en conclut que la structure grammaticale est autonome et indépendante du sens des mots et de la phrase.

On a abondamment discuté ces exemples et la portée des conclusions que Chomsky en a tirées. Mais ces critiques n'ont guère eu d'effet, car elles s'annulaient mutuellement. Ainsi, d'une part, Jakobson (1959/1963) s'attache à démontrer que la phrase (a) peut avoir un sens et est susceptible d'apparaître dans un poème moderne, comme celui que lui avait consacré Dell Hymes. Pour lui, "ces relations grammaticales créent une phrase douée de sens" et "l'expression 'vert incolore' est synonyme de 'vert pâle'." Il conclut: "Pourquoi donc ne pourrait-on pas dire, des idées de quelqu'un, qu'elles dorment? Finalement, pourquoi l'attribut 'furieux' ne rendrait-il pas l'idée d'une frénésie de sommeil?" (1959/1963: 205). Pour sa part, Hill (1961) affirme que c'est plutôt la phrase (b) qui pourrait apparaître dans un poème moderne. Bien évidemment, ces analyses stylistiques contradictoires permettront à Chomsky (1961: 231) de renvoyer les critiques dos à dos.

Depuis, quantité d'auteurs ont à leur tour commenté cette phrase, certains même pour y découvrir un sens au premier degré, en dépit des affirmations de Chomsky. Ainsi, Wolfgang Iser, privilégiant manifestement le thème du sommeil, y voit une signification onirique:

Il n'y a pas lieu de transposer cette phrase dans le contexte d'un poème pour qu'elle recouvre son sens; elle décrirait déjà fort bien des situations oniriques, en particulier celles qui découlent d'une transition du rêve en noir et blanc au rêve en couleurs. C'est ce que l'adverbe furieusement, en tant que caractéristique d'une telle transition, montrerait le plus clairement sur le plan sémantique. (1985: 10-11)

Robert Martin, pour sa part, propose une interprétation plus littérale, dont l'ingéniosité ne devrait cependant pas convaincre grand monde, avec ses pseudo-équivalences:

Une idée qui dort furieusement est une idée totalement oubliée; une idée verte est de se mettre au vert. Bref, nous avons renoncé à nous mettre au vert. (1978: 12)

Mais la plupart des auteurs y trouvent une signification dérivée, en quelque sorte au second degré. Pour le philosophe Jacques Bouveresse,

sa signification (car il est bien difficile de soutenir qu'elle n'en a aucune) est l'utilisation qui en est faite concurremment par certains linguistes, à la suite de Chomsky, pour dénoncer la confusion que l'on pourrait être tenté de faire entre l'agrammaticalité et l'absence de signification (1971: 340).

Sans rejeter cette dernière interprétation, assez évidente, il me semble qu'il y aurait aussi lieu d'appliquer à cette phrase une analyse par laquelle on prendrait plus finement en compte l'intention de Chomsky, qui est de prouver l'autonomie de la syntaxe, et de l'examiner en regard du résultat obtenu. Compte tenu du fait que le linguiste du MIT veut proposer une phrase sans aucun sens, mais qui serait quand même conforme aux règles syntaxiques de l'anglais, on peut se demander si celle-ci contient des traces susceptibles de pointer vers les procédés au moyen desquels elle a été " engendrée".

Ce qui frappe au premier abord dans la phrase " Colorless green ideas sleep furiously", c'est le chaos conceptuel qui s'en dégage, l'impression pour le lecteur d'être projeté en plein délire et de ne pouvoir tirer aucun sens de la suite de mots ici proposée.

Or, si on l'examine avec un peu d'attention, on y découvrira une forte récurrence de séries antonymiques qui s'enchaînent les unes aux autres. La première de celles-ci est constituée par "colorless" et "green", soit un adjectif niant toute couleur et un autre affirmant une couleur. Il semble bien que nous tenions là le modèle de production de toute cette phrase, dans le double mouvement qui consiste à affirmer un mot et à le nier aussitôt au moyen d'un prédicat contradictoire. Une seconde série antonymique est formée par "green" et "ideas": un tel couplage de mots est impossible, car les idées, de par leur qualité abstraite, n'ont pas de couleur. Mais, dans la psychologie commune, le concept d'idée s'oppose à celui de sentiment. Or, si l'adjectif "green" ne convient guère à ces derniers, il en va tout autrement du rouge. Il ne faut pas se livrer à de longues investigations pour découvrir que cette couleur est en liaison étroite avec les sentiments (ex.: "red with anger", "to see red", "to turn red"...). Le vert étant l'opposé sémantique du rouge, comme l'a montré Ogden (1932/1967) dans son étude classique sur l'opposition, il est tout à fait cohérent avec le procédé à l'oeuvre dans cette phrase de le donner pour qualificatif du mot "ideas". Le mot suivant fait surgir une troisième série de concepts paradoxaux formée par "ideas" et "sleep": nous touchons là à la contradiction fondamentale de cette phrase, qui prédique un sujet ("ideas") au moyen d'un verbe qui ne lui convient pas ("sleep"). Sans qu'il faille faire appel à la psychanalyse ou aux théories du rêve, un penseur comme Chomsky était bien placé pour savoir que les idées, et le mécanisme qui les produit, ne sont jamais en repos, surtout pas durant le sommeil. Ici encore, donc, on retrouve le mouvement par lequel la valeur d'un mot posé est niée par celui qui s'y rapporte. Enfin, une quatrième antonymie apparaît dans l'adjonction de l'adverbe "furiously" au verbe "sleep". Alors que le sommeil évoque classiquement l'état de calme et de repos, "furiously" contredit cet état, constituant ainsi un nouvel oxymoron (3). Il apparaît dès lors de façon évidente que cette phrase a été construite, ou mieux encoreengendrée, par un jeu de prédication d'attributs contradictoires, chaque mot ajouté sur le fil syntagmatique ayant pour effet de nier paradoxalement le mot précédent.

La régularité avec laquelle ce processus fonctionne, dans cette courte phrase, tend à confirmer qu'il ne s'agit pas ici d'un hasard, qui accumulerait les mots de façon originale et imprévisible, mais bien d'un usage systématique de la contradiction. Selon Aristote, la contradiction, en niant "les lois de la pensée", engendre un effet de non-sens absolu. Depuis, dans la tradition intellectuelle occidentale, il est bien connu que si l'on veut produire une phrase absurde, il suffit de juxtaposer deux mots ou deux séries de mots contradictoires. C'est ce qu'a fait ici Chomsky, manifestement, et l'on peut supposer, sans trop de risque d'erreur, que le point de départ de sa phrase se trouvait dans le mot " ideas" et dans son intention de le prédiquer d'une façon qui nierait les suites phrastiques attendues (4). L'importance thématique de ce terme est d'autant plus évidente, à bien y regarder, qu'il est en quelque sorte camouflé par sa position au coeur de la phrase, d'où il envoie des attributs contradictoires dans les deux directions. En somme, cette phrase affirme à sa manière, fort prémonitoire, que des idées provocantes sont en préparation ici - et la suite des événements sur le front des théories linguistiques devait en fournir une preuve magistrale.

Le piquant de cet exemple et du procédé de production du non-sens retenu, c'est que, au moment même où Chomsky prétend exclure les relations paradigmatiques de sa théorie linguistique, l'analyse démontre qu'il les réintroduit en fait à son insu, sous une forme antonymique, dans la phrase même qu'il invoque à l'appui de sa théorie. Bien loin de produire un texte qui fonctionnerait indépendamment de tout paradigme cohérent, dans un beau modèle d'autonomie syntaxique, le linguiste du MIT a simplement instancié les attributs contradictoires d'un paradigme rattaché - comme par hasard! - à la production d'idées. Le sémantisme de la phrase ne saurait donc être réduit à une simple "composante interprétative", mais procède selon toute apparence d'un niveau aussi profond que le niveau syntaxique, à la genèse duquel il participe intimement.

Il n'est pas nécessaire, enfin, de postuler que Chomsky a consciemment produit chacun des mots de cette phrase (qu'on pense à la distance à parcourir pour aboutir au qualificatif " green"). Il est probable, au contraire, que le processus d'engendrement s'est fait automatiquement sur la base de l'intention de départ. La production d'antonymes par dérive associative est en effet bien établie par les travaux sur le fonctionnement cognitif. Ainsi, dans une recherche expérimentale où on demandait à des sujets de produire un mot aussi vite que possible en réponse à un stimulus, le psychologue Ervin a été amené à conclure que "the most common form of paradigmatic response is the antonym". Il ajoute: " the basis of this high frequency has been something of a mystery (...) Thus, it appears that in the majority of cases, contexts were not so specific as to preclude the occurrence of the antonym" (1962-1963: 429).

Cet exemple montre aussi combien il est difficile de produire une phrase insensée, ou, plus précisément, dont les relations entre les mots ne seraient pas motivées sémantiquement. Le langage n'est pas un mécanisme syntaxique au moyen duquel on enchaînerait des mots pris au hasard dans le répertoire lexical. Si c'était le cas, on pourrait choisir ces mots de façon aléatoire et susciter des rencontres neuves à volonté. Or, rien n'est plus éloigné de la vérité. Le non-sens est en fait extrêmement difficile et relève d'un art raffiné, comme en témoignent le théâtre d'Ionesco ou les techniques mises au point par les surréalistes. Sa production exige que l'on apprenne à mettre hors circuit les mécanismes au moyen desquels l'esprit sécrète automatiquement du sens en jouant à l'intérieur d'un même réseau de significations. A défaut de reconnaître cette base paradigmatique du langage, on ne peut que contrefaire le sens, révélant encore mieux l'empire de ce qu'on nie.

Paradigme et schéma

Comme la notion de paradigme a sa source dans le fonctionnement cognitif, c'est celui-ci qu'il faudrait investiguer pour arriver à préciser en quoi elle consiste. Quelle est donc cette dimension qui contraint les unités de sens à se regrouper par affinité, comme des particules aimantées s'agglutinent autour d'un pôle? Pour amorcer une hypothèse, je propose un détour du côté de la psychologie, que Saussure plaçait d'ailleurs en étroite parenté avec la linguistique. Au cours des années 70 et 80, quantité de recherches ont été consacrées, en psychologie cognitive, à la théorie des schémas. Selon cette théorie, que je résumerai ici brièvement, nos connaissances ne sont pas éparpillées en mémoire au hasard de leur acquisition, mais regroupées dans des ensembles structurés et hiérarchisés: les schèmes ou schémas. Ceux-ci sont des processus actifs qui évoluent constamment, au fil des apprentissages et des expériences, et ils représentent la connaissance à tous les niveaux. Les schémas fonctionnent comme des systèmes capables d'évaluer leur propre adéquation aux données pour le traitement desquelles ils ont été convoqués. Ils peuvent s'emboîter les uns dans les autres, le schéma cognitif du corps humain appelant un sous-schéma pour la tête qui, à son tour, en appellera un autre pour l'oeil, et ainsi de suite (Rumelhart et al., 1986). L'existence des schémas a été inférée à la suite de multiples expériences montrant que, dans des tâches de rappel par exemple, le sujet avait spontanément recours à des modèles pré-enregistrés gouvernant le déroulement d'un événement. On les concevait initialement comme desscripts (Schank et Abelson, 1977) d'une certaine complexité, correspondant par exemple à une séquence stéréotypée d'opérations (les exemples canoniques étant un repas au restaurant ou une fête d'anniversaire). On les considère aujourd'hui comme des faisceaux d'unités fondamentales qui s'assemblent de façon dynamique pour répondre à des besoins de représentation précis (Schank, 1981; Minsky, 1986). Ce sont les schémas qu'un individu a assimilés qui lui permettent de développer des réseaux d'attentes à partir d'indices extrêmement ténus, d'inférer la suite d'une phrase ou d'une histoire, de comprendre une information nouvelle en la replaçant dans le contexte dont elle fait partie ou de se rappeler facilement une donnée quelconque en s'appuyant sur le "moule" conceptuel auquel elle se rattache (Rumelhart et al., 1986). Sous certains aspects, le concept de schéma et celui de paradigme sont assez voisins: dans les deux cas, on a affaire à des constructions théoriques visant à rendre compte des effets de structuration observés dans le domaine cognitif aussi bien que langagier. Il n'est pas question, toutefois, d'établir une identité entre ces deux modèles, car cela reviendrait à assimiler langage et pensée. Je propose, au contraire, que le schéma s'articule au paradigme dès lors que la production langagière entre en jeu. En fait, le paradigme serait le pendant linguistique du schéma, l'interface entre la conscience individuelle et la société, au moyen de laquelle les locuteurs réussissent à communiquer. Parmi les nombreuses expériences menées par des chercheurs en psychologie cognitive afin d'appréhender la réalité des schémas, il en est certaines qui jettent un éclairage particulièrement intéressant sur le fonctionnement des schémas et des paradigmes verbaux. Ainsi, Bransford et ses collaborateurs (1981, 1985) ont vérifié la façon dont divers groupes de sujets réussissaient à se rappeler le contenu d'une dizaine de phrases qu'on leur avait fait lire, du genre:

(a) The tall man bought the crackers.

(b) The bald man read the newspaper.

Ces phrases se caractérisent par le fait que le rapport entre le sujet et l'action effectuée semble arbitraire, les attributs des personnages n'ayant aucun lien avec l'action évoquée par le verbe. Or, les expériences ont montré que le taux de rappel de phrases de ce type était très faible. Inversement, une phrase est retenue d'autant mieux que son sujet et son prédicat se situent à l'intérieur d'un même paradigme. Ainsi, une phrase du genre "Le garçon fatigué est allé au lit" est plus facilement mémorisée et mieux rappelée que "Le garçon fatigué a mangé un hamburger". Bransford a aussi démontré qu'un prédicat disparate peut devenir pertinent et une phrase donner lieu à un très bon rappel quand un élément supra-organisateur permet d'intégrer logiquement le prédicat à son sujet. Ainsi, alors que la phrase "L'homme grand a acheté les biscuits" se mémorisait mal, le simple fait d'y ajouter la précision "qui se trouvaient sur la tablette supérieure" l'a rendue beaucoup plus facile à apprendre et à retenir. Dans cette dernière phrase, le lecteur peut comprendre la congruence entre la haute taille de l'individu et le fait qu'il achète les biscuits: là où n'apparaissaient que des faits et des relations arbitraires, on se trouve maintenant devant un ensemble de relations significatives. Cela nous permet de redéfinir la cohérence comme la mise au jour de liens de nécessité entre les divers éléments d'une phrase.On voit aussi par ces exemples que le schéma ne peut consister en une structure inerte et fixe, pas plus que le paradigme ne constitue une séquence lexicale finie. Il faut plutôt le considérer comme le produit de l'activation d'une section d'un réseau potentiellement illimité: tel élément qui, à un niveau donné, ne fait pas partie d'un paradigme en devient membre automatiquement pour peu qu'on remonte à un niveau supérieur (5). Comme l'a montré Greimas, "l'abstraction (...) caractérise le fonctionnement du discours à tous les niveaux" (1966: 110). Si l'on accepte de rapprocher schéma et paradigme, il faudra redéfinir ce dernier comme l'ensemble des associations lexicales qu'un mot "fera surgir inconsciemment devant l'esprit" (Saussure 1972: 171). A l'inverse de Hjelmslev, qui avait réduit le paradigme à la série révélée par le test de commutation, il faudrait plutôt neutraliser l'autre aspect de la définition saussurienne, qui présente ces rapports comme des rapportsi n absentia, ce qui est à l'origine de l'ambiguïté du concept. En effet, loin de ne pouvoir apparaître qu'à un endroit précis de la chaîne syntagmatique, le paradigme se déploie en une série d'unités dont la proximité sémantique détermine le taux de redondance du message. Comme le précise Jean Petitot, il ne faut pas réduire le paradigme au critère de substitution et au test de commutation : "envisagé synchroniquement comme une totalité, il (le paradigme) doit être pensé comme un 'espace' où se trouvent colocalisées des valeurs positionnelles (in Greimas et Courtés, 1986: 161). Envisagé de cette façon, le concept de paradigme est très proche de celui d'isotopie. Défini par Greimas comme un "ensemble redondant de catégories sémantiques qui rend possible la lecture uniforme du récit" (1970: 188), le terme d'isotopie semble avoir été adopté, conjointement avec celui de classème, pour rendre compte de phénomènes en partie recouverts jusque là par le concept de paradigme, et qui en avaient été expulsés par l'acception plus étroite que Hjelmslev avait donnée à ce terme. Il est évident que la série d'associations sémantiques proposée par Saussure à partir du mot enseignement, et rappelée en début de cet article, peut se manifester dans une même phrase. Ainsi, peut-on parfaitement lire : "L' éducation aujourd'hui ne se limite plus à la seule instruction et met davantage l'accent sur la composante apprentissage que sur l'enseignement". Dans cet exemple, divers termes d'un même paradigme sont convoqués afin de faire ressortir les rapports entre eux et d'en préciser les écarts, comme c'est le cas dans les phrases définitionnelles.Parfois, le jeu du paradigmatique est plus subtil. Au lieu de s'étaler dans la déclinaison des divers éléments d'une série, il fait surface de façon voilée ou apparemment anodine. Ces phénomènes de redondance paradigmatique sont omniprésents dans le langage. Tout se passe comme si le schéma instancié par le sujet de la phrase fournissait au locuteur, ou lui imposait même parfois, par glissements entre ses divers signifiés, les mots dont celui-ci a besoin pour préciser sa pensée. Souvent ces affleurements du paradigme dominant à d'autres endroits du discours sont inconscients et paraissent tout naturels. Faut-il considérer autrement cette réponse du Premier ministre Mulroney qui, interrogé par un journaliste sur les projets de son gouvernement en matière de législation sur l'avortement, avait répondu: "On voit apparaître un consensus embryonnaire parmi les députés" (Radio-Canada, 18-03-1988)? Pourquoi "embryonnaire" plutôt que "partiel" ou "progressif"? Dictature des paradigmes. Dans la culture américaine, on a formalisé en activité ludique de langage une technique exemplaire de recouvrement du paradigme sur le syntagme: ce sont lesTom Swifties. Dans ce jeu de mots, à la structure invariable, il s'agit d'établir une relation piquante entre la façon dont un adverbe décrit un locuteur et renvoie en même temps au contenu des paroles prononcées par ce dernier. Le Random House Dictionary en donne comme exemple: "I know who turned off the lights", Tom hinteddarkly ". Ce jeu de langage est très populaire dans les récits d'aventures pour adolescents. Pour preuve de l'intérêt qu'il suscite, l'Université Queen's à Kingston en avait fait un thème possible des conversations entre usagers sur ordinateur ("soap-box"), constituant ainsi une banque ouverte à qui voulait la consulter et l'enrichir (6). On y trouve des exemples du genre:

I 've given up drinking, Tom said soberly; I make the perfect Martini, Tom said dryly;<

We have struck oil, Tom said crudely...

Dans ces phrases, la ressemblance de famille avec le jeu de mots tient au fait que l'adverbe est chargé d'une double isotopie, consistant pour une part en sa signification propre et, d'autre part, en la réactivation du paradigme posé par le début de la phrase. Comme dans la citation de Mulroney, le lecteur attentif ne peut manquer de sourire devant une réalisation textuelle qui agence les divers éléments d'un réseau avec à-propos, forçant une relecture de la phrase pour en rendre plus savoureuse l'hyper-cohérence apparente et la projetant, du même coup, au rang de réalisation linguistique autonome, caractéristique du texte littéraire.

Dépasser la contradiction

L'évocation de ces quelques exemples n'avait pas d'autre but que de réaffirmer la fécondité d'une pensée selon laquelle le langage repose sur le jeu entrecroisé des rapports syntagmatiques et paradigmatiques. L'un de ces axes met en valeur les rapports entre les éléments du système conceptuel qui sert de support au discours, l'autre relève du mouvement, de la force motrice et, en dernière analyse, du temps. Loin d'être contradictoires, comme dans la conception hjelmslévienne, ces deux dimensions du langage sont complémentaires et ne peuvent s'actualiser chacune que dans leur combinaison. Certes, cette conception est difficile à représenter. On peut en juger par les débats, toujours renaissants, sur la question de savoir si le phénomène de l'isotopie est de nature paradigmatique ou syntagmatique (7): suffit-il qu'un paradigme soit décliné dans une phrase, pour qu'il relève de la dimension syntagmatique? Ce serait céder à la tentation de cliver ces deux dimensions du langage sur la distinction langue/parole. Dans un registre voisin, il est significatif aussi que Fillmore ait d'abord présenté la théorie des cas comme un modèle à dominante syntaxique, alors que deux ans plus tard, il se ravisait et en déclarait centrale la composante sémantique (Cook, 1979: 36). Serait-ce que la toute-puissance du contexte épistémologique nord-américain l'avait d'abord empêché de penser (ou de dire) autrement?

En fait, il semble bien que cette dernière théorie résorbe l'opposition entre les axes paradigmatiques et syntagmatiques en les subsumant dans un modèle plus "concret" qui les combine plutôt que de les séparer, rendant ainsi caduques les querelles d'écoles. Mais s'il y a accalmie en cette matière, il ne faudrait pas en conclure pour autant que l'appareil conceptuel saussurien soit à rejeter comme démodé - il est toujours très éclairant quand il s'agit d'analyser un texte -, ni le frapper de l'opprobre que certains jettent aujourd'hui sur le structuralisme, en croyant énoncer la supériorité d'une pensée quand ils ne font qu'affirmer le triomphe d'une école.

Notes

1. Dans une entrevue avec Herman Parret, Chomsky déclare: " It seems to me that he (Saussure) never escaped the traditional notion that speech consists of a flow of ideas corresponding to a flow of words. This assumption eliminates the subject matter of generative syntax, in effect. Adopting it, philosophical grammar regarded syntax as a rather limited study, since the "natural order" of words in a sentence was outside its domain." (Parret, 1974: 31. Les soulignés sont de moi.)

On peut comparer avec Le langage et la pensée (Payot 1968/1970), où Chomsky décrit ainsi le système saussurien: "En fait, à bien des égards, Saussure se sépare encore plus de la tradition de la grammaire philosophique. Il exprime parfois l'idée que les procédés de formation des phrases n'appartiennent pas du tout à la langue, que le système de la langue se limite à des unités linguistiques comme les sons et les mots et peut-être à quelques phrases fixées et à un petit nombre de modèles très généraux. (...) La syntaxe est de ce point de vue un problème secondaire. Et il y a effectivement peu d'ouvrages de syntaxe pendant la période de la linguistique structurale." (p. 37. Les soulignés sont de moi.)

Chomsky ne fait pas mystère de son opposition à Saussure, et cette opposition porte précisément sur la place accordée aux éléments paradigmatiques. Une question se dégage, cependant, de la confrontation de ces deux textes: Saussure se rattachait-il ou non à la grammaire philosophique traditionnelle?

2. Cette conception restrictive de l'objet de la linguistique est affirmée d'emblée dans l'ouvrage fondamental de la période, Syntactic structures. Celui-ci commence en effet par ramener l'objet de la linguistique à l'étude de la grammaticalité: " The fundamental aim in the linguistic analysis of a language is to separate the grammatical sequences which are the sentences of L from the ungrammatical sequences which are not sentences of L and to study the structure of the grammatical sequences." (1957: 13). Dans un deuxième temps, le sens est exclu de la grammaticalité: " Second, the notion "grammatical" cannot be identified with "meaningful" or "significant" in any semantic sense". (1957: 15). Malgré ses dénégations ultérieures, à l'effet qu'il n'a jamais voulu évacuer de la linguistique l'étude du sens, Chomsky maintiendra sa thèse sur le caractère secondaire du sens, dérivé en quelque sorte, par rapport à ce processus d'engendrement premier qu'est la syntaxe: "Il semble que les éléments de la syntaxe ne sont pas établis sur des bases sémantiques et que les mécanismes de la syntaxe, une fois construits, fonctionnent indépendamment des autres composants de la grammaire, qui sont des composantes interprétatives". (1977: 143).

3. François Rastier a également relevé que, dans cette phrase, "Chomsky accumule des oppositions sémiques qui constituent autant de quasi-oxymorons". Mais il ne voit pas l'enchaînement systématique de ceux-ci et conclut ses remarques en disant que "l'absurdité reconnue (de cette phrase) est déterminée par l'absence d'isotopie générique" (1977: 155). En fait, l'isotopie est bien là, mais masquée sous les jeux d'antonymie.

4. Cette hypothèse a déjà été émise par Per Aage Brandt, dans l'article "Isotopie" du Dictionnaire de sémiotique, vol. II (Hachette 1986): "La fameuse phrase construite par Chomsky: Colourless green ideas sleep furiously pourrait valoir comme exemple d'un syntagme à rection flottante, où tout donc est au premier moment "autre", rien n'est "même", et où tout sens est par conséquent "figuré". Ce qui n'empêche pas, bien entendu, la récupération sémantique par imposition forcée d'une rection partant, par exemple, du lexème ideas" (p. 127).

5. Pour une discussion plus étoffée, consulter Vandendorpe (1989a et b).

6. Les textes produits à cette occasion sont disponibles auprès de Gregg Lessard, département d'Etudes françaises, Université Queen's, Kingston, Ontario, Canada.

7. Greimas décrit l'isotopie comme un phénomène "de caractère paradigmatique par certains côtés" et dont le développement s'effectue sur l'axe syntagmatique (1979: 198). Même position chez Michel Arrivé (1981). En revanche, François Rastier a soutenu de façon répétée que l'isotopie relevait uniquement de la dimension syntagmatique (1981; 1986: 128).

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Texte révisé le 15 janvier 1999 .