Les avatars du sens profond

Réflexion sur

quelques modèles de lecture


Christian Vandendorpe

Université d'Ottawa

Horizons philosophiques, vol. 3, no 1, 1992, p. 85-102.

La réflexion proposée ici vise à dégager quelques grandes attitudes à l'égard du sens que l'on extrait d'un texte. Sans prétendre à l'exhaustivité dans un domaine qui est en soi immense, je veux ciconscrire quelques-unes des opérations au moyen desquelles on s'attache à découvrir dans un texte un sens non accessible à une lecture immédiate et naïve, sens que l'on a qualifié, selon les époques et les auteurs, de «caché», de «latent», de «vrai», de «profond».

Et d'abord, cette quête d'un sens autre que le sens apparent est-elle fondée? Si l'on s'en tient à notre expérience, il semble bien que oui. Tous, nous avons conscience qu'il peut exister dans le langage un autre plan de signification que le plan immédiat. Pour Paul Ricoeur, cette révélation nous viendrait d'abord d'un retour sur nos rêves: «C'est le rêve qui, toute question d'école mise à part, atteste que sans cesse nous voulons dire autre chose que ce que nous disons; il y a du sens manifeste qui n'a jamais fini de renvoyer à du sens caché» (1965: 24). Le rêve nous livre en effet une histoire opaque, qui résiste à une lecture immédiate. De tout temps il a été vu comme matière à interprétation, comme une histoire chiffrée dont il faut chercher la clé. Si certaines théories antiques y cherchaient des aperçus sur notre avenir (1), la psychanalyse y voit plutôt la marque de nos désirs, de nos angoisses, de nos déterminismes inconscients, ce qui est une autre façon de rechercher l'origine obscure où s'écrit aussi notre avenir.

Cette prise de conscience qu'il peut exister un sens plus profond que ne le laissait entrevoir une compréhension première, nous la faisons aussi quand nous devons décoder des discours qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre (expression figurée, métaphore, ironie...). Et que dire des actes de langage et des implications conversationnelles? Qui d'entre nous, à un moment ou l'autre, n'a pas remis en cause ses capacités de compréhension pour n'avoir pas saisi la portée pragmatique d'une question portant apparemment sur autre chose, comme par exemple en répondant «Oui» à quelqu'un qui nous demandait si l'on avait l'heure? Enfin, avec le calembour et le double sens, l'être humain apprend très tôt que le sens n'est pas toujours donné d'emblée ou que le premier sens trouvé n'était pas le bon, bref, qu'un sens peut toujours en cacher un autre.

Plus globalement encore, nous savons que le sens que nous tirons d'une oeuvre n'est souvent pas le même aujourd'hui qu'il y a cinq ans et qu'une autre lecture le modifiera presque certainement. Notre compréhension n'est pas stable, mais change avec le temps, comme l'avait déjà noté Montaigne. De plus, elle est toujours fragmentaire et provisoire. En réponse à des détracteurs de l'intelligence artificielle, qui refusaient par principe l'idée que des processus intelligents puissent un jour être effectués par des machines, Herbert A. Simon, prix Nobel de sciences économiques et professeur de psychologie, faisait valoir que cet effort pouvait bien être tenté, la compréhension humaine étant loin d'être parfaite, de toute façon: «Un être humain ne comprend généralement pas un problème difficile de façon rapide, profonde, efficace et aussi souple que possible» (2).

Bref, l'idée même que nous nous faisons de notre compréhension doit nécessairement être affectée par la répétition constante d'expériences où s'est dévoilée à nous une compréhension supérieure, plus large, plus profonde. Nous devons en avoir gardé une réceptivité foncière à toute promesse de révélation herméneutique, une aptitude à remettre en cause le sens tiré d'un texte ou d'une phrase et, à l'état naturel, une incertitude permanente sur la validité des opérations de sens auxquelles nous procédons. Et cela se vérifie dans toute enquête de type psychologique ou pragmatique. Ainsi, Catherine Kerbrat-Orecchioni note que l'analyse des interactions langagières «prouve assez que l'on cherche avec obstination et inquiétude à s'assurer que l'on a bien saisi le "bon" sens, c'est-à-dire celui que L [notre interlocuteur] a voulu nous communiquer» (1986: 317). L'homme, comme l'a défini Heidegger, est un être fait pour comprendre, il est toujours à l'affût du sens. On pourrait dire que produire du sens est aussi naturel à notre esprit qu'il l'est à notre coeur de pomper le sang. Parmi les innombrables témoignages, je relève celui de Michel Charolles qui, travaillant sur la cohérence du texte, se butait au problème que «les sujets lecteurs ne sont pas disposés, en principe, à admettre qu'un élément de discours puisse être incohérent» et que, «en présence d'une difficulté textuelle, ils avaient le réflexe de développer des stratégies de recouvrement de la cohérence» (p. 4). Ces stratégies, on les connaît depuis longtemps, ce sont celles qui relèvent de l'interprétation. Selon une distinction que j'ai faite ailleurs (3), lorsque ses procédures automatiques de compréhension sont mises en échec, le sujet est obligé de recourir à une démarche interprétative, de type local et discret, afin de sélectionner (ou d'inventer) un contexte de réception susceptible d'éclairer le texte qui fait problème et de permettre l'établissement de liens de sens.

Mais cette mise en oeuvre de procédures herméneutiques ne s'arrête pas là. Dès l'antiquité grecque, on voit apparaître des grilles de lecture qui permettront de lire autrement des textes qui étaient pourtant parfaitement lisibles. Il s'agit du mode de lecture que l'on a qualifié d'allégorique ou, plus couramment, de l'exégèse. L'intérêt de ce système est de fournir une grille dont l'application à un texte donné permet de découvrir un plan de cohérence supérieur, qui en renouvelle la compréhension. Un peu à la manière de ces dessins popularisés par la psychologie de la forme où l'image apparente au premier regard peut soudain basculer pour en faire apparaître une autre; ou comme un message écrit à l'encre sympathique peut se révéler dans les marges du texte.

Attestée dès le VIesiècle avant notre ère, où elle était appliquée aux poèmes d'Homère et d'Hésiode, la lecture allégorique a connu des formes variées (4). Les classifications traditionnelles en distinguent quatre types, selon le mode de référence choisi pour interpréter les récits mythologiques. On parle ainsi d'abord d'exégèse de type physique. Celle-ci consiste à voir dans les dieux des forces de la nature. Par exemple, quand Homère raconte que Zeus propose aux dieux de s'attacher à un câble d'or qu'il leur lance du haut du ciel, nous aurions là une image du Premier moteur tel que le postule le système aristotélicien (Pépin, 123). Ou encore, dans une description apparemment anodine du bouclier d'Agamemnon («Il prend un bouclier fort et beau, qui peut couvrir un homme tout entier, admirablement travaillé et entouré de dix cercles d'airain; à la surface surgissent vingt bosses blanches d'étain, et entre elles en paraît une d'acier noir» Il., XI, 32-37) on va voir une représentation de l'univers: les cercles indiquent les parallèles et le cercle du Zodiaque, tandis que les bosses représentent les astres, avec au centre la terre. Et nos auteurs de s'extasier sur les connaissances géographiques et astronomiques du poète!

Une autre forme d'interprétation est l'exégèse morale ou psychologique, qui consiste à voir dans les dieux des symboles des vertus et des vices (Athèna pour la sagesse, Aphrodite pour l'amour...). Allégories transparentes, évidemment, et qui ne demandent pas un effort de lecture particulier. Mais de là l'exégèse va passer à un niveau plus large. Pour Héraclite, par exemple, toute la course d'Ulysse ne serait qu'une vaste allégorie et Ulysse serait un instrument de toutes les vertus qu'Homère s'est forgé.

L'exégèse historique, parfois appelée aussi exégèse réaliste, est plus subtile. Elle cherche l'origine des mythes dans des événements humains déformés par la tradition. Déjà attestée à l'époque de Socrate et Platon, cette forme de lecture atteindra son épanouissement avec Evhémère, vers le III esiècle avant notre ère. Pour ce dernier les dieux ne seraient que des êtres humains divinisés. On verra ainsi dans les récits mythologiques d'Homère et d'Hésiode des manuels de proto-histoire. Prenons, par exemple, l'histoire de Médée, qui avait persuadé les filles de Pélias de faire bouillir leur père dans un chaudron pour le rajeunir. Selon l'interprétation qu'en fait Diogène le Cynique, disciple d'Evhémère, il s'agissait tout bonnement d'une diététicienne qui appliquait là un procédé scientifique de rajeunissement, le chaudron représentant les bains de vapeur, grâce auxquels un organisme peut retrouver sa souplesse. Quant au pauvre Pélias, il était probablement trop épuisé et serait mort de transpiration en cours de traitement. Habile façon de dédouaner une sombre figure de la mythologie! Le biais exégétique repose sur le postulat que le texte renvoie véritablement à une réalité antérieure dont l'écrivain n'aurait été que l'historien plus ou moins fidèle. Ce type de lecture a suscité des réactions négatives chez Socrate et Platon, qui estiment que l'on a mieux à faire que de chercher des explications de type rationaliste à des histoires mythiques (5). Mais il aura une descendance immense, comme on sait.

D'autres modes de lecture allégorique se développeront. Ce sont, pour Jean Pépin, l'exégèse métaphysique et religieuse. Mais on pourrait probablement en identifier d'autres. Le principe, en fait, est toujours le même. Il s'agit de poser un contexte de lecture susceptible d'entraîner une traduction du sens premier dans un autre domaine de référence et d'instituer une isotopie différente de l'isotopie donnée par le sens immédiat. On pourrait ainsi ajouter à la liste de Pépin l'allégorie technologique, qui permet de lire des événements du passé, tels les miracles de l'Écriture, à l'aide d'appareils ou de techniques modernes transportés dans le passé grâce à des extra-terrestres ou à des voyages temporels. La science-fiction a beaucoup joué sur ces anachronismes délibérés et le roman Incarnations, d'Emmanuel Aquin, constitue un échantillon récent de ce type de lecture. En fait, n'était-ce pas déjà le procédé de l'exégèse historique, qui voyait en Médée une diététicienne?

Mais c'est surtout la psychanalyse qui, à notre époque, a donné un nouvel élan à la recherche du sens caché sous le sens apparent. Et la récolte annoncée par le père fondateur promettait déjà d'être abondante, même si l'on se limite aux symboles sexuels, car de l'avis de Freud, «il n'y a pas de sphère de représentations qui ne puisse symboliser des faits et des désirs d'ordre sexuel» (1926: 319). En l'occurrence, peut-on dire qu'il s'agit vraiment d'une lecture symbolique, comme l'affirme Ricoeur (1965)? Pas selon Jean Pépin, car «en opposant le contenu latent du rêve ou du mythe à son contenu manifeste, et en considérant celui-ci comme une image de celui-là, Freud réduit toute construction onirique ou mythologique à n'être qu'un signe» (p. 69). Pour cet auteur, le freudisme relèverait donc plutôt d'une «allégorie psychologique classique» (p. 51) et ce type de lecture ne mériterait pas de catégorie spéciale dans notre inventaire. Cette position se retrouve dans les grands dictionnaires de poétique et de rhétorique, tels Morier et Preminger.

Mais la situation ne peut être tranchée aussi facilement, car le mode symbolique et le mode allégorique sont en relation dialectique, ainsi que l'a bien vu Umberto Eco: «Le mode allégorique doit avoir un code, le mode symbolique ne peut en avoir un, et pourtant c'est le mode symbolique qui doit fournir les règles au mode allégorique» (1988: 223). En imposant une interprétation codifiée de signes qui auparavant n'avaient pas de contenu symbolique fixe, la psychanalyse a fait passer ceux-ci dans le champ de la culture et a ouvert à l'herméneutique un corpus immense. Par l'ambition qu'elle affiche de se poser en système interprétatif global, elle s'est affirmée comme une gnose (6) moderne et a pris le relais, dans une certaine mesure, des grands systèmes religieux. A l'instar de ceux-ci, elle tire son efficace de ladoxa que sa vulgarisation a entraînée et à l'intérieur de laquelle ses concepts tendent à passer pour absolument vrais - ce qui lui permet de guérir les maux que sa propre connaissance a engendrés (un peu comme l'exorciste réussit effectivement à expulser les démons des malades qui y croient).

Dans ces divers types d'exégèse ou d'explication allégorique (Jean Pépin parle tout simplement d'allégorie pour désigner à la fois le procédé littéraire et la démarche critique), le signifié premier du texte est vu comme un écran qui dissimule un autre signifié, plus vrai, plus conforme au réel. Une innovation, toutefois, est à repérer dans l'exégèse psychanalytique. Les doctrines antérieures supposaient que le sens caché avait été déposé par l'auteur du texte ou qu'il s'était altéré par les avatars de la transmission historique, comme chez Evhémère. Il s'agissait en somme de «rendre croyables des histoires incroyables» (7). L'analyse freudienne, au contraire, s'exerce d'abord sur le mode du soupçon (8). Elle n'accorde aucun crédit au témoignage de l'auteur, sauf dans la mesure où celui-ci est le porte-parole bien involontaire d'un inconscient admirablement doué pour ruser avec la vérité, la dissimuler et la détourner. L'auteur n'est donc plus le détenteur de la vérité. Il est tout au plus un témoin qui, correctement interrogé, va révéler une vérité qui le dépasse tout en confirmant ainsi la justesse de la théorie. Il s'agit de semer le doute, de frapper de suspicion ce qui de prime abord se présentait comme innocent, de mettre à nu les mensonges dont se parent les plus belles intentions. Mais tout cela pour la bonne cause, bien sûr, car l'objectif de Freud est de donner au lecteur un aperçu neuf sur la vérité de son être, ce qui apparente la psychanalyse aux entreprises de révélation classiques. Comme le note Ricoeur:

Ce que veut Freud, c'est que l'analysé, en faisant sien le sens qui lui était étranger, élargisse son champ de conscience, vive mieux et finalement soit un peu plus libre et, si possible, un peu plus heureux. (1965: 43)

Une autre forme de lecture est celle qui s'attache aux signes non pas d'abord dans leur relation avec un signifié, mais dans leur matérialité même, en tant que signifiants. Je classerai sous cette rubrique divers procédés. Le plus ancien, et qui ne joue pas uniquement sur le signifiant d'ailleurs, est l'étymologie, qui va chercher le «vrai» sens d'un mot dans les profondeurs de l'origine ou dans une autre langue vue comme originelle pour des motifs religieux, comme l'était encore l'hébreu par rapport au français au XVII esiècle (9). Il s'agit avec ce procédé de faire la preuve par le langage, preuve formelle s'il en est. Légitimée par Platon et Aristote, cette méthode a fait les délices de générations de philosophes à l'ère pré-linguistique. Elle est encore omniprésente dans les procédés argumentatifs courants (10).

On peut aussi considérer les mots comme dépositaires d'un savoir qui ne se révèle qu'après transcodage des lettres en leur valeur chiffrée. Héliodore, qui vivait au IIIesiècle de notre ère, nous apprend ainsi que si l'on remplace chacune des lettres du nom grec du Nil (No) par le chiffre correspondant (les Grecs notaient les chiffres au moyen des lettres de l'alphabet) on obtient 365, ce qui est le nombre de jours que compte une année(11). Cette recherche de coïncidences lumineuses apparaîtra d'autant plus justifiée qu'elle sera appliquée à des textes sacrés auxquels on suppose une cohérence d'ordre divin, capable d'englober toutes les dimensions du texte. Elle constituera un des aspects importants de l'interprétation de l'Écriture chez les Pères de l'Église ou, encore aujourd'hui, de la tradition talmudique (12). On trouve un équivalent moderne de cette croyance en des correspondances secrètes dans un roman de Carl Sagan où des scientifiques lancent un formidable programme de calcul sur un super-ordinateur, afin de produire la valeur du nombre à des milliards de décimales, dans l'espoir de découvrir, profondément enfouies dans cette série de chiffres, des récurrences de type non stochastique qui constitueraient en quelque sorte la «signature de Dieu». Cette traduction dans l'ordre purement mathématique d'une recherche d'abord centrée sur le mot est une autre illustration du déclassement qu'a subi le langage comme moyen d'accès à la vérité.

On retrouvera le même postulat d'une cohérence parfaite de la texture signifiante dans les recherches saussuriennes sur les anagrammes. Mais l'attention aux composantes matérielles du mot peut aussi se manifester sous d'autres formes, comme les équivoques et les calembours. Il s'agit alors de faire surgir des similitudes frappantes au prix d'une légère déformation imposée à la texture lexicale: déplacement ou ajout d'une lettre, d'un accent, resegmentation d'un syntagme, etc. Héraclite d'Ephèse, dit «l'Obscur», en a donné un des premiers exemples connus avec sa réflexion sur l'homonymie, en grec, des mots arc et vie: «L'arc (ió) a pour nom la vie (ßío) et pour oeuvre, la mort» (13). Comme chacun sait, cette méthode est loin d'avoir disparu. Elle a même connu une réhabilitation inespérée dans le texte lacanien avec des formules du genre «les non-dupes errent (les noms du père)» et «la politique de l'autruiche». Ce qui fonde cette lecture (et cette écriture) du calembour, c'est la révélation, moderne cette fois, qu'il existe un inconscient et que «l'inconscient, c'est que l'homme soit habité par le signifiant» (Lacan, p. 46). Il est donc légitime de s'intéresser aux jeux de mots et autres lapsus, car ceux-ci constituent autant d'index pointés sur la pulsion du désir qui nous anime, expression d'une vérité profonde que le sujet conscient chercherait à dissimuler.

Les diverses approches évoquées ont en commun de centrer la lecture soit sur l'allégorie, soit sur la lettre. Dans chaque cas, le texte est vu comme un écran qui occulte une réalité autre: le vrai sens est caché, masqué. On suppose que l'auteur «sous-entend» plus qu'il ne dit (consciemment ou inconsciemment) et que c'est cette couche de sens plus profonde qu'il faut mettre au jour. Sterne s'était en son temps joliment moqué de cette quête de la profondeur:

Puisque l'auteur du dialogue était Erasme, mon père en fit bientôt une deuxième, puis une troisième lecture, en étudiant avec une attention extrême chaque mot et chaque syllabe: il n'en put rien tirer ainsi. - L'auteur sous-entend peut-être plus qu'il ne dit, pensa mon père. Un érudit, frère Toby, n'écrit pas pour rien un dialogue sur les longs nez. Je vais donc en étudier les sens mystique et allégorique. Reployons-nous vers cette profondeur. (...) sortant donc son canif, il rechercha si, en grattant certaines lettres, il ne pouvait pas découvrir à cette phrase un sens plus profond. (III, chap. 37)

Du sens caché au sens profond

Une autre conception de la profondeur se fera jour au XXe siècle. Il s'agit de l'étude des «lois de la structure» du récit, entamée par Propp dès 1928 et qui contribuera à fonder l'approche structurale. Je ne referai pas le parcours souvent évoqué, qui va du formaliste russe à Greimas, en passant par Lévi-Strauss et Barthes. Nous sommes ici en présence de quelque chose de neuf (même si le fondement en avait été posé par Aristote, dans la Poétique) car l'objectif de Propp n'est pas de trouver un sens caché sous un sens apparent, mais de pénétrer la structure profonde. Il place sa recherche sous l'égide du modèle évolutionniste qui voit la structure comme un ensemble organique, susceptible de se transformer tout en gardant un fond commun: la mise au jour de cette structure en matière de conte devrait permettre de remonter à l'état antérieur, au proto-conte dont sont dérivés tous les autres.

Ce qu'il y a de fondamental dans cette approche, c'est la conception du texte qu'elle propose, comme un système clos, auquel on ne doit pas chercher des raisons de signifier dans un référent externe, que celui-ci soit Dieu, la nature ou l'inconscient. Il y a pourtant un référent ultime, me semble-t-il, et c'est le fonctionnement de l'esprit humain, vu comme une machine logico-formelle capable de traiter des données avec une précision mathématique sans faire intervenir la conscience de l'auteur. Alors que la grille freudienne mettait en évidence l'impensé du texte, soit la façon dont l'inconscient manipule le vouloir-dire de l'auteur, l'approche structurale hypostasie les opérations mécaniques inconscientes effectuées sur des données de sens et est satisfaite lorsqu'elle peut conclure que «l'homme a toujours pensé aussi bien» (Lévi-Strauss, 1955: 255) (14).

Surtout, le texte est vu comme une structure hiérarchisée, comportant divers niveaux, des «étages» qui tirent leur sens de leur intégration dans un niveau supérieur (Barthes, 1966: 11). Le niveau profond du texte est celui qui permet d'intégrer les unités de niveau inférieur et par rapport auquel celles-ci prennent leur «vrai» sens. Pour Barthes, «toute unité qui appartient à un certain niveau ne prend de sens que si elle peut s'intégrer dans un niveau supérieur.» Cette conception du sens vu comme articulation de niveaux d'intégration a été empruntée à Benveniste (1966), qui la tenait lui-même de l'École de Prague (15). La notion de profondeur a donc changé de statut: elle n'est plus une couche de sens occultée par un signifiant ou un signifié apparent, et qui serait d'autant plus vraie qu'elle était cachée. La profondeur est posée comme une dimension de la production du sens, lequel est à son tour conçu comme articulation de rapports paradigmatiques structurés en axes d'oppositions binaires, autour desquels se regroupent les divers réseaux sémiques. Comme le dit Hermann Parret, l'objet sémiotique est le sens du sens, ou le sens comme articulation du sens au moment où on le saisit (16).

On peut rappeler que, chez Greimas, la métaphore de la profondeur va se concrétiser en divers niveaux, qui sont comme autant de couches que doit parcourir le sens. La couche la plus profonde est celle des structures sémio-narratives, elles-mêmes divisées en un niveau profond comportant deux composantes : une syntaxe fondamentale et une sémantique fondamentale, correspondant à l'aspect logico-conceptuel des opérations effectuées sur le carré sémiotique. À un niveau dit de surface, on retrouve les mêmes composantes, mais narrativisées au moyen de la syntaxe anthropomorphe. Une autre couche moins profonde est constituée par les structures discursives (ou de mise en discours des structures sémiotiques inférieures), où la composante syntaxique connaît les transformations d'actorialisation, de temporalisation et de spatialisation, tandis que la composante sémantique connaît celles de thématisation et de figurativisation. Enfin, une «couche» textuelle, qui ressortit à une problématique différente, est susceptible de traverser verticalement les deux couches précédentes et d'intervenir à n'importe quel niveau. Dans cette conception de la profondeur, le sens est donc vu en quelque sorte comme une pâte feuilletée. Il met en oeuvre des composantes diverses et joue en fin de compte sur le degré d'abstraction. Plus on creuse dans l'épaisseur du sens, plus on monte en abstraction, pour ne trouver finalement que des valeurs d'opposition logique. Il a fallu pour cela que les données soient complètement dégagées de leur temporalité, cette dernière dimension étant considérée comme moins abstraite (et donc moins profonde) que les structures logiques.

Cette conception de la profondeur ne va cependant pas rester longtemps sans rivale. En effet, au moment même où le structuralisme triomphait en France, un autre paradigme de recherche s'imposait aux États-Unis, mettant l'accent sur une nouvelle acception du concept de profondeur: c'est le système chomskyen. Pour celui-ci, la production du langage relève de structures syntaxiques profondes qui génèrent des structures de surface à la suite des transformations adéquates. La profondeur n'est plus caractérisée par l'image statique des axes binaires, mais par la capacité d'engendrer un nombre de propositions virtuellement illimité à partir de quelques règles de réécriture et d'une méta-règle de récursivité. Alors que le modèle de Propp était évolutionniste, celui de Chomsky repose sur la métaphore biologique du code génétique, dont les règles inscrites au plus profond de la cellule font un être auto-programmé, capable d'engendrer tous les éléments nécessaires à son développement futur.

Ce modèle s'imposera rapidement et l'on assistera, dès la fin des années soixante, à diverses tentatives de l'école structuraliste pour intégrer la dimension générative à l'étude du récit, notamment chez Julia Kristeva (1968) et Claude Chabrol. Ce dernier envisage de construire «des modèles hypothétiques du récit analogues à ceux que Chomsky a élaborés pour la langue» (1971: 119). Dans leur dictionnaire, paru en 1979, Greimas et Courtés consacreront plusieurs entrées à la grammaire générative. En la définissant par deux caractéristiques, soit d'être projective et explicite, ils réussiront à revendiquer l'épithète de générative (dans le sens explicite mais non transformationnel du terme) pour leur propre théorie sémiotique.

Mais ce sont les recherches en grammaire du texte qui vont véritablement intégrer le modèle génératif, avec les travaux de van Dijk notamment et les différentes grammaires de récit qui seront proposées au cours des années soixante-dix (17). Ces modèles ont comme particularité de franchir le pas qui séparait jusqu'alors analyse des textes et recherche en psychologie cognitive (en fait van Dijk a travaillé en étroite collaboration avec le psychologue Walter Kintsch). Pour aller plus loin dans la mise au jour de la structure textuelle, on s'intéresse en effet à la façon dont l'être humain retient, résume et comprend. Remplaçant des notions intuitives telles que «topique» ou «thème» d'un discours, le concept de macrostructure devient l'objet d'investigation majeur. Décrite comme dérivant de la signification des différentes phrases, la macrostructure n'est cependant pas la somme des liens binaires de cohérence entre toutes les phrases, mais le produit d'une transformation sémantique effectuée par le sujet, qui procède par sélection, réduction, généralisation et combinaison (van Dijk, 1985: 115). Ces macrostructures, qui sont formées sous l'influence des buts et plans du lecteur, peuvent aussi reposer sur des superstructures schématiques qui, elles, sont des modèles conventionnels de structuration textuelle (Kintsch, 1985: 232). Le concept de macro-structure représente ainsi le dernier avatar de la structure profonde. Il ne s'agit plus, cette fois, d'un contenu qui serait situé hors du texte, au plan du référent (comme dans le modèle allégorique), ni même à l'intérieur du texte (comme dans le modèle structural), mais d'une réalité psychologique.

Avec ce modèle, la notion de profondeur prend donc une tout autre acception. Pour les chercheurs centrés sur l'activité du sujet, la dimension importante est celle du traitement cognitif effectué. C'est ainsi que, en se basant sur des expériences psychologiques d'épreuves de compréhension et de rappel, de Beaugrande sera à même de proposer six niveaux de profondeur du traitement en lecture. Le niveau superficiel est celui des lettres et des sons, suivi par ceux des mots et de la syntaxe. Au quatrième niveau, de Beaugrande situe les configurations de concepts et de relations, correspondant à des réseaux de dépendance conceptuelle applicables à une phrase ou à un paragraphe; au cinquième, les configurations plus globales d'idées, qui constituent le thème, le motif. Enfin, le niveau le plus élevé, celui qui requiert le traitement le plus profond, est celui des buts et intentions, à savoir comment un texte s'inscrit dans l'intention de quelqu'un d'atteindre un but. Ces divers niveaux correspondraient à autant d'entrées cognitives permettant un traitement en parallèle et sont en interaction continue. Mais ils ne reçoivent pas la même importance dans la mémoire à long terme: on a montré en effet que celle-ci ne fait guère de place aux niveaux superficiels mais favorise plutôt ceux de l'intention et des idées.

Il est intéressant de constater que ce modèle met de l'avant la dimension intentionnelle, dont on n'avait pas encore parlé, et qui a été longtemps la clé interprétative la plus spontanément utilisée. Ainsi, on a vu que même l'exégèse allégorique classique se rapportait à ce critère, en présupposant chez l'auteur une intention herméneutique. Mais le facteur intention est devenu caduc sous l'assaut conjugué de deux forces: d'une part, la psychanalyse, qui a jeté le doute sur la zone rationnelle et lucide des choix de l'auteur en matière d'écriture, et, d'autre part, l'exclusive structuraliste en faveur d'une critique immanente des textes.

Pourtant, il y aurait peut-être lieu de redonner à ce concept la place qu'il mérite. À condition, bien sûr, qu'on ne se méprenne pas sur le sens des mots. L'intention de l'auteur, telle que je la conçois, ne saurait se résumer à un mobile qui serait externe à l'oeuvre, mais doit être vue comme le projet auquel l'oeuvre répond jusque dans ses détails. C'est ce projet constitué d'éléments conscients et inconscients qui détermine les multiples choix que suppose un texte. L'intention de l'auteur, ainsi comprise, a son pendant exact dans l'effet que l'oeuvre produit sur le lecteur et ne peut être appréhendée que dans celui-ci. Cet effet est constitué, lui aussi, d'éléments reconnaissables et d'autres plus opaques; il se ramène, en dernière analyse, à ce qui surnage dans la mémoire quand les détails de l'oeuvre ont disparu (Bartlett, p. 207). C'est une telle intention, visant à produire des effets chez le lecteur, mais portée à un état absolu (et donc largement fictif et impossible à atteindre), que Poe a décrite dans «La genèse d'un poème», comme un rêve de cohérence et de maîtrise totale (18). En couplant intention et effet, on évitera donc d'hypostasier l'une des deux instances où se fonde le texte, qu'il s'agisse de l'auteur ou du lecteur, et on fera véritablement du texte un lieu transactionnel (19) où les intentions de l'un doivent être comparées aux effets éprouvés par l'autre. On peut ainsi récupérer toute une série de phénomènes semi-intentionnels ou carrément inconscients et les jauger à l'aune des effets qu'ils produisent.

Si l'on se place du point de vue de la profondeur du traitement cognitif, la prise en compte du couple intention/effet garantit aussi que le maximum de signifiants seront pris en compte et que ceux-ci seront intégrés dans une image d'ensemble aussi cohérente que possible.

En résumé, on opposera une lecture profonde à une lecture superficielle, non pas parce que la première aura su trouver dans l'oeuvre un sens caché, mais parce qu'elle aura provoqué chez le lecteur le traitement cognitif le plus profond et le plus étendu en fonction de ses capacités et connaissances au moment de la lecture.

NOTES

1. Pour Artémidore, auteur d'une Clé des songes qui a fait autorité durant deux millénaires, les rêves se répartissaient en deux classes, l'une qui est liée à de menus problèmes affectant le dormeur, l'autre qui est de type prémonitoire et prophétique.

2. « A human being does not usually understand a difficult problem quickly, deeply, efficiently, and in the most flexible way possible» (1979: 473).

3. Voir «Comprendre et interpréter» dans C. Préfontaine et M. Lebrun (éd.) La lecture et l'écriture, Montréal: Logiques, 1992, p. 159-181.

4. Sur l'allégorie on consultera l'ouvrage de Jean Pépin (1976).

5. Platon,Phèdre, 229; Ion, 530.

6. Pour un développement de ce point de vue, lire Jacques Lecomte, «La psychanalyse n'est pas une science», Science et vie, no 886, juillet 1991, p. 78 et suiv.

7. Je reprends ici la façon dont Eustathe désignait Héraclite (in Héraclite, p. ix).

8. Ricoeur voit là aussi une caractéristique essentielle de la psychanalyse, «école du soupçon», par opposition à l'interprétation traditionnelle qui est restauration du sens. En plus de Freud, les grands maîtres de cette même école sont Nietszche et Marx (1965: 40 et suivantes).

9. Le mot étymologie désigne d'ailleurs précisément «la recherche du vrai». Lire là-dessus Paul Zumthor, 1975.

10. À titre d'exemple, je citerai cet extrait d'éloquence politique (à connotations adamiques) de Konrad Sioui qui, lors d'un panel sur la constitution canadienne, suggérait que, pour comprendre l'avenir, les Canadiens « have to go back to Canada's pre-contact roots before the arrival of the first Europeans [...] Place names suggest the answer. Canada means village [...] and Ontario means "the most beautiful of lakes". Québec means "come and meet me" in Montagnais and Toronto means "meeting place". (The Globe and Mail, 23 mai 1992, A7).

11. Héliodore, Les Éthiopiques in P. Grimal,Romans grecs et latins, Paris: Gallimard, Pléiade, 1958, p. 750.

12. On lira là-dessus l'ouvrage fort documenté, et engagé, de Marc-Alain Ouaknin.

13. Les penseurs grecs avant Socrate, trad. de Jean Voilquin, Paris: Garnier-Flammarion, 1964, p. 77.

1. Genette reprend la même idée: "Le parti-pris du structuralisme est à peu près inverse de celui de l'analyse bachelardienne: il est que certaines fonctions élémentaires de la pensée la plus archaïque participent déjà d'une haute abstraction, que les schémas et les opérations de l'intellect sont peut-être plus «profonds», plus originaires que les rêveries de l'imagination sensible, et qu'il existe une logique, voire une métaphysique de l'inconscient." (1966: 100)

2. Une telle conception est également présente en herméneutique, quoique sous une formulation différente. Ainsi, pour Gadamer: "Le mouvement de comprendre est un va-et-vient continuel du tout à la partie et de la partie au tout. Ce qu'il faut faire, c'est élargir en cercles concentriques l'unité de sens compris. La justesse de la compréhension a toujours pour critère la concordance de tous les détails avec le tout. Si cette concordance fait défaut, c'est que la compréhension a échoué." (1960/1976: 131)

Voir aussi Meyer: «le sens d'un texte se détermine par ses composantes mais ne s'y ramène pas: chaque phrase du texte renvoie à ce dernier comme à son sens profond» (1986: 252-253).

3. « The semiotic object is the sense of sense, or sense as the articulation of sense by grasping it» (1983: 46)

4. Pour une introduction aux principaux textes de ce courant de recherches, on se reportera à Denhière (1984). Pour une discussion des grammaires de récit, voir mon ouvrage sur la fable.

5. «Pour moi, la première de toutes les considérations, c'est celle d'un effet à produire. [...] Ayant donc fait choix d'un sujet de roman et ensuite d'un vigoureux effet à produire, je cherche s'il vaut mieux le mettre en lumière par les incidents ou par le ton [...] et puis je cherche autour de moi, ou plutôt en moi-même les combinaisons d'événements ou de tons qui peuvent être plus propres à créer l'effet en question» (Poe, 1965: 984-985).

6. Voir Rosenblatt (1978).

 

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